CANNES, FRANCE – Le 78e Festival de Cannes a débuté sur une note retentissante. Dès la traditionnelle conférence de presse d’ouverture, la présidente du jury, Juliette Binoche, a été interpellée sur la condamnation de Gérard Depardieu pour agressions sexuelles. L’actrice a livré une réponse nuancée, rejetant l’appellation de « monstre sacré » et insistant sur la dimension humaine de l’acteur.

Cannes: Juliette Binoche Dodges Question About Gaza Open Letter

« L’association de monstre et de sacré m’a toujours gênée. Parce que d’abord, ce n’est pas un monstre, c’est un homme. Et qui a été désacralisé, apparemment, par des faits qui sont passés sous la justice », a déclaré Juliette Binoche ce mardi 13 mai, quelques heures avant la cérémonie d’ouverture. Elle a poursuivi sa réflexion : « Une star de cinéma, c’est un homme. Un roi est un homme », estimant que le sacré « ne nous appartient pas ». Selon elle, le sacré réside « au moment où il se passe quelque chose quand on crée, quand on joue, quand on met en scène ».

Cette prise de position intervient alors que Gérard Depardieu, 76 ans, figure emblématique du cinéma français, a été condamné le même mardi par le tribunal correctionnel de Paris à 18 mois de prison avec sursis pour avoir agressé sexuellement deux femmes sur le tournage du film « Les Volets verts » en 2021.

MeToo et l’Évolution des Mentalités dans le Cinéma

Juliette Binoche a également lié la « désacralisation » de Depardieu au mouvement #MeToo et à ses répercussions sur le pouvoir dans l’industrie culturelle. « Quand on est désacralisé comme il l’est en ce moment, ça veut dire que ça fait réfléchir sur le pouvoir de certaines personnes qui prennent le pouvoir. Et je pense que le pouvoir est ailleurs », a-t-elle analysé.

L’actrice a elle-même témoigné de l’envers du décor devant une commission d’enquête parlementaire française sur les violences dans la culture et le cinéma. Cette commission a été créée dans le sillage de la vague #MeToo en France, initiée notamment par Judith Godrèche. Juliette Binoche a d’ailleurs noté que cette « vague de révolution #MeToo, elle a pris un certain temps pour arriver » en France, mais qu’« elle réagit très fortement dernièrement ».

Interrogée sur la présence croissante de femmes réalisatrices et la composition féminisée du jury du Festival de Cannes, Juliette Binoche a estimé que le « Festival est de plus en plus en phase avec ce qui se passe aujourd’hui ». Elle a conclu que le festival « suit un mouvement, le mouvement de la vie sociale, politique, des changements qui se passent dans le monde, et parfois il est précurseur et parfois il suit. Ça dépend des sujets ». Des propos qui ancrent le Festival de Cannes non seulement comme un événement cinématographique majeur, mais aussi comme un reflet des évolutions sociétales contemporaines.