MILLIONNAIRE veuf épouse une FEMME MÉPRISABLE. jusqu’à ce qu’elle chante…

Les derniers rayons du soleil parisien se reflétaient sur les baies vitrées du 42e étage de la tour Montparnasse, transformant le bureau d’Aurélien Montclair en une cathédrale de verre et d’acier. À 35 ans, cet homme aux traits ciselés et au regard d’acier incarnait la réussite à la française. Pourtant, ce matin-là, quelque chose troublait sa sérénité habituelle. Ses mains, d’ordinaire si assurées, tambourinaient nerveusement sur le bureau en noyer massif.

Maître Dubois, le notaire de la famille depuis trois générations, était assis en face de lui, ses lunettes perchées sur le bout du nez, scrutant les dernières volontés de feu Édouard Montclair. « Vous êtes certain que c’est légal ? » demanda Aurélien, sa voix trahissant une pointe d’incrédulité.

« Parfaitement légal, Monsieur Montclair. Votre père était un homme méticuleux. Chaque clause a été rédigée avec un soin extrême. »

Céline Moreau, l’assistante personnelle d’Aurélien depuis 8 ans, observait discrètement. Elle déchiffrait les humeurs de son patron comme un météorologue lit les nuages. Aujourd’hui, l’orage grondait.

« Reprenez depuis le début, » ordonna Aurélien. « Je veux être sûr de bien comprendre cette condition. »

Le notaire s’éclaircit la gorge et reprit la lecture : « Moi, Édouard Montclair, étant sain de corps et d’esprit, lègue à mon fils unique, Aurélien, la totalité de mes biens, y compris la présidence du groupe Montclair Industrie, à condition expresse qu’il soit marié et puisse démontrer une stabilité familiale au moment de prendre ses fonctions de PDG. Cette condition devra être remplie dans un délai maximum de six mois à compter de la lecture de ce testament. »

Un silence de plomb s’abattit sur le bureau. « Six mois… » murmura Aurélien, les poings serrés. « Ce vieux renard savait parfaitement ce qu’il faisait. »

« Monsieur, si je puis me permettre, votre père a peut-être voulu… » osa Céline.

« Quoi ? » l’interrompit Aurélien. « Me forcer à fonder une famille ? M’humilier en me faisant passer pour un homme incomplet ? » La colère montait en lui. Comment son père avait-il pu lui infliger une telle humiliation, lui qui avait consacré sa vie à l’entreprise familiale ?

Maître Dubois toussa discrètement. « Il y a une alternative, bien sûr. Si ces conditions ne sont pas remplies, l’entreprise sera vendue et les bénéfices reversés à diverses œuvres caritatives. »

Aurélien sentit le sol se dérober sous ses pieds. Montclair Industrie, cette entreprise centenaire, pourrait disparaître à cause d’un caprice testamentaire. « C’est du chantage ! » gronda-t-il, ses yeux gris lançant des éclairs.

« Un chantage post-mortem, » intervint doucement Céline. « Monsieur Montclair, vous pourriez peut-être envisager… »

Aurélien la fixa intensément, et soudain, une idée germa dans son esprit. Une idée froide, calculée, dénuée de tout romantisme. « Un mariage de convenance ! » murmura-t-il, ses lèvres esquissant un sourire sans joie. « Simple, efficace, sans complication sentimentale. » Il ouvrit un carnet de cuir noir, établissant une liste de critères. « Céline, il me faut une épouse. Pas une amoureuse, pas une compagne. Juste une épouse. Quelqu’un de discret, de peu exigeant, qui acceptera un arrangement financier en échange d’un nom et d’un statut social. »

Maître Dubois sembla mal à l’aise. « Monsieur Montclair, j’espère que vous mesurez les implications… »

« L’implication, c’est que je refuse de laisser trois générations de labeur s’évaporer à cause des fantasmes romantiques de mon père. S’il voulait que je me marie, très bien, mais ce sera selon mes conditions. » Il se tourna vers la fenêtre. « Le bonheur est un luxe que je ne peux pas me permettre, Céline. J’ai une entreprise à diriger. L’amour, c’est pour les poètes. Moi, je suis un homme d’affaires. »

Trois semaines plus tard, Aurélien se trouvait dans la résidence Sainte-Geneviève, une maison de repos prestigieuse. Sa mère, Marguerite Montclair, résidait temporairement ici. Il cherchait une femme simple, discrète, reconnaissante. Une employée de maison de repos lui semblait la candidate idéale.

Il s’arrêta devant la chambre 204. La scène qui s’offrit à lui le surprit. Sa mère était assise dans un fauteuil roulant, et à ses côtés, une jeune femme lui massait délicatement les mains. « Ah, Aurélien ! » s’exclama Marguerite. « Viens, je te présente Elodie. C’est elle qui s’occupe de moi. »

Elodie Rousseau avait des cheveux châtains tirés en chignon simple, des yeux noisette fatigués mais bienveillants, et des mains rougies par les désinfectants. « Parfait, » pensa Aurélien, « exactement le genre de femme qui ne ferait pas d’histoire. »

« Mademoiselle Rousseau, » dit-il froidement, « j’aimerais vous parler en privé. »

Elodie se leva, intimidée. Dans un petit salon, Aurélien ne tourna pas autour du pot. « Depuis combien de temps travaillez-vous ici ? Famille ? Êtes-vous mariée ? Des enfants ? »

« Deux ans, Monsieur. Non, Monsieur. Je m’occupe de mes jeunes frères. Nos parents sont décédés il y a cinq ans. »

« Parfait ! » Pas de complications sentimentales. « Votre salaire ? »

« 1 400 euros par mois, » murmura-t-elle, humiliée.

« J’ai une proposition à vous faire, Mademoiselle Rousseau. Une proposition qui pourrait changer votre vie et celle de vos frères. J’ai besoin d’une épouse. Pas d’une amoureuse, pas d’une compagne. Juste d’une épouse. Un arrangement purement contractuel. Vous m’épousez. Nous vivons sous le même toit pendant six mois minimum. Vous jouez le rôle de l’épouse modèle devant ma famille et mes associés. Et en échange, je vous verse 200 000 euros. »

Elodie sentit sa tête tourner. « Pourquoi moi ? »

« Parce que vous êtes effacée, que vous n’attirerez pas l’attention, et que vous avez besoin d’argent. Vous ne chercherez pas à compliquer les choses avec des sentiments, et vous serez reconnaissante. » Chaque mot était une gifle. « Après les six mois ? Divorce à l’amiable. Vous gardez l’argent, et nous ne nous reverrons jamais. »

Elodie pensa à ses frères, Théo et Nathan, leurs études, l’appartement trop petit, les factures. « Je… j’ai besoin de réfléchir. »

« Vous avez jusqu’à demain soir. Après ça, je cherche ailleurs. Ah, et Mademoiselle Rousseau, si vous acceptez, il y aura des règles strictes. Pas de familiarité. Pas de sentimentalisme. » Il quitta le salon, la laissant seule avec ses pensées et son cœur qui battait la chamade.

Quand elle retourna auprès de Marguerite, la vieille dame l’observa. « Il vous a fait une proposition étrange, n’est-ce pas ? Mon fils a toujours été un homme compliqué. Trop d’orgueil, pas assez de cœur. Mais parfois, les circonstances nous obligent à des choix difficiles. »

Trois jours plus tard, Elodie pénétrait dans l’hôtel particulier d’Aurélien Montclair. Le mariage civil avait eu lieu le matin même, une cérémonie froide et expédiée. « Nous y voilà, » annonça-t-il froidement.

Dès l’entrée, Elodie fut intimidée par la splendeur des lieux. Madame Baumont, la gouvernante, l’accueillit avec une désapprobation manifeste. « Monsieur Montclair, dois-je préparer la chambre d’amis bleue pour Madame ? »

« La chambre principale, » répondit Aurélien d’un ton sans réplique. « Madame Montclair est mon épouse. »

Les heures qui suivirent furent un calvaire. Partout où elle allait, Elodie sentait les regards du personnel. Elle n’avait sa place nulle part.

Le dîner fut servi dans la salle à manger d’apparat. Aurélien était assis à un bout de la table, elle à l’autre. Il mangeait en silence, consultant ses emails. « Vous pourriez au moins faire semblant que j’existe ? » finit-elle par lâcher.

Aurélien leva les yeux. « Pardon ? »

« Je ne suis peut-être qu’une employée pour vous, mais devant votre personnel, je suis censée être votre épouse. Alors, le minimum serait de me traiter avec un minimum de respect. »

« Vous oubliez votre place, Mademoiselle Rousseau. »

« Madame Montclair, » corrigea-t-elle fermement. « Et ma place, justement, c’est celle que vous m’avez achetée. Alors, assumez votre achat. »

Les yeux gris d’Aurélien lancèrent des éclairs. Jamais personne ne lui avait parlé sur ce ton. Mais il ressentit de l’intrigue. Cette petite souris effacée venait de montrer les dents. « Très bien, » dit-il lentement. « Parlez-moi de vous, Madame Montclair. Vos passe-temps favoris. »

« J’aime lire, j’écoute de la musique classique. Et je cuisine pour mes frères. »

« Et vos ambitions ? »

« Voir mes frères réussir leur vie. Théo veut devenir ingénieur, Nathan médecin. Tout ce que je fais, c’est pour eux. » Il y avait une fierté tranquille dans sa voix qui surprit Aurélien. Pour la première fois, Elodie soutint son regard.

L’orage grondait sur Paris. Aurélien arpentait son bureau, incapable de se concentrer. Elodie vivait sous son toit depuis une semaine, une cohabitation tendue. Elle avait le don de le contrarier, d’être là où il ne l’attendait pas.

Un coup de tonnerre particulièrement violent le fit sursauter. C’est alors qu’il entendit une voix, faible, mélodieuse. Elle venait de l’étage. Il monta silencieusement. Quelqu’un chantait dans la chambre de sa mère.

Marguerite était allongée dans son lit. À ses côtés, Elodie était assise, tenant délicatement la main de la vieille dame, et elle chantait une berceuse : « Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bien vite… » Sa voix était douce, cristalline, empreinte d’une tendresse qu’Aurélien n’avait jamais entendue auparavant. Elle berçait sa mère avec une patience infinie et un amour inconditionnel.

La scène frappa Aurélien comme un coup au cœur. Il sentit quelque chose d’étrange se produire dans sa poitrine, comme un nœud qui se desserrait. Cette femme qu’il méprisait révélait une humanité qui le bouleversait. Il repensa à son enfance, aux nuits où sa mère lui chantait les mêmes berceuses.

Elodie se leva lentement, bordant sa mère. Elle se dirigea vers la porte, et Aurélien eut juste le temps de s’effacer. Il l’entendit s’éloigner. Il resta là, immobile, le cœur battant. Qu’est-ce qui venait de lui arriver ? Pourquoi cette scène l’avait-elle autant émue ?

Le lendemain matin, la colère avait remplacé l’émotion. Aurélien se sentait vulnérable, exposé, et cela le rendait furieux. Au petit-déjeuner, il fut d’une froideur glaciale. « Madame Baumont s’occupera désormais des soins de ma mère. Vous n’avez plus à vous en préoccuper. »

Elodie le regarda interdite. « Mais votre mère apprécie ma présence… »

« Ma mère a tendance à s’attacher trop facilement. Je préfère éviter les complications. » Elodie pâlit. Aux yeux d’Aurélien, elle restait une étrangère.

Deux semaines plus tard, Aurélien était dans son bureau quand un éclat de rire cristallin le tira de ses réflexions. Elodie était sur la terrasse, riant aux éclats avec un jeune homme, Julien Morau, le kinésithérapeute de sa mère. « Une aussi jolie femme ne devrait jamais douter de ses talents, » murmura Julien.

Aurélien vit rouge. Il dévala l’escalier, se dirigeant vers le petit groupe. « Elodie, j’aimerais vous parler maintenant. »

Il l’entraîna au fond du jardin. « Qu’est-ce que c’était que ce petit numéro ? Ce flirt éhonté avec ce kinésithérapeute ! »

« Je parlais simplement avec Julien. Je ne vois pas où est le problème. »

« Le problème, c’est que vous êtes ma femme ! »

« Comme quoi ? » l’interrompit-elle. « Comme une femme normale qui peut avoir une conversation civilisée ? Comme une femme qui drague le premier venu sous mon toit ? »

La gifle partit toute seule. La paume d’Elodie rencontra la joue d’Aurélien avec un claquement sec. Ils se figèrent. « Vous n’avez pas le droit ! » murmura Elodie, des larmes de rage perlant à ses yeux. « Vous me traitez comme un objet, vous m’ignorez, vous m’humiliez. Et maintenant, vous osez m’accuser de… » Sa voix se brisa.

Aurélien vit une larme rouler sur sa joue. Il leva la main pour l’essuyer. Leurs visages étaient si proches qu’il pouvait sentir son parfum délicat. Ses yeux noisette le fixaient avec un mélange de colère et de désir. « Elodie… » murmura-t-il. Il se pencha vers elle, attiré par une force qu’il ne comprenait pas. Leurs souffles se mêlaient, leurs cœurs battaient à l’unisson. Leurs bouches n’étaient plus qu’à un centimètre quand…

« Monsieur Montclair ? » La voix de Madame Baumont les fit sursauter. « Pardonnez-moi de vous déranger, mais vous avez un appel urgent de Tokyo. »

« J’arrive, » répondit Aurélien d’une voix étranglée, sans quitter Elodie des yeux. Il hésita une seconde, puis tourna les talons, la laissant seule.

Trois jours de silence pesant s’écoulèrent. Aurélien tentait de se concentrer sur ses dossiers quand il entendit Elodie décrocher son téléphone dans le salon attenant. « Allô, Théo ? Quoi ? Comment ça, renvoyé ? » La voix était tendue, inquiète. « Nathan ? Nathan a eu une bagarre au lycée parce que des gamins se moquaient de ses vêtements de seconde main. Il refuse de retourner en cours. J’ai l’impression de les avoir abandonnés. » Elodie sanglotait.

Aurélien abandonna ses papiers et sortit dans le jardin. Il la trouva assise sur un banc de pierre, pleurant silencieusement. « Que se passe-t-il ? » demanda-t-il, avec une douceur qui le surprit lui-même.

« Mon frère Théo… il travaillait dans un garage pour payer ses études. Son patron vient de le licencier. »

« Combien faut-il pour que votre frère puisse finir ses études sans travailler ? » demanda Aurélien.

« Trois mille euros, » murmura-t-elle, abasourdie. « Mais je ne peux pas accepter votre charité. J’ai déjà assez vendu ma dignité comme ça. »

« Ce n’est pas de la charité, » dit-il doucement. « C’est un investissement dans la tranquillité d’esprit de mon épouse. » Le mot « épouse » sonnait différemment.

« Pourquoi feriez-vous ça pour moi ? » chuchota-t-elle.

« Parce que… » Il fit un pas vers elle. « Parce que vous ne méritez pas de souffrir. » Et avant qu’il ne puisse réfléchir, ses bras se refermèrent autour d’elle. L’étreinte ne dura que quelques secondes, mais elle bouleversa tout. Elodie se détendit contre lui, laissant échapper un sanglot de soulagement.

Ils se séparèrent brusquement. « Je vais faire virer l’argent demain matin, » dit-il.

« Aurélien… » C’était la première fois qu’elle prononçait son prénom.

« Bonne nuit, Elodie. » Il s’éloigna rapidement, mais ne put s’empêcher de se retourner.

Aurélien recevait les membres du conseil d’administration. Elodie se tenait près des portes-fenêtres, vêtue d’une robe de soie bleu nuit. Depuis leur soirée dans le jardin, quelque chose avait changé entre eux.

Marguerite s’approcha avec Véronique de Castellmont. « Je vous présente ma belle-fille, Elodie. »

Véronique détailla Elodie, ses yeux s’attardant sur ses mains, sur ses boucles d’oreilles discrètes. « Dites-moi, ma chère, d’où connaissez-vous Aurélien ? Vos familles sont liées ? »

« Nous nous sommes rencontrés dans le cadre de mon travail. »

« Ah ! Quel domaine ? »

« Les soins à la personne. »

« Comme c’est original ! » dit Véronique, un sourire carnassier. « Ces mariages atypiques sont si à la mode de nos jours. Où certains hommes épousent leurs employées… »

Elodie pâlit, comprenant les sous-entendus. « Je ne vois pas ce que vous voulez dire. »

« Allons, ma petite ! Nous sommes entre femmes. Chacun utilise ses atouts comme il peut. Certaines ont la naissance, d’autres ont autre chose. »

« Véronique ! » La voix d’Aurélien claqua. Il venait d’apparaître, livide de colère. « J’ai entendu. Et je me demandais si vous aviez perdu la raison ou simplement les bonnes manières. »

Un silence de mort s’abattit sur le petit groupe. « Mon cher, nous plaisantions simplement. »

« Vous insultez ma femme dans ma propre maison ! » l’interrompit Aurélien. « Une femme qui vaut dix fois chacune d’entre vous en générosité, en intelligence et en dignité ! Elodie travaillait comme aide-soignante, oui ! Elle soignait ma mère avec un dévouement que vos cœurs de pierre ne sauraient comprendre ! » Il fit un pas vers Véronique qui recula. « De plus, j’aimerais que tous mes invités sachent que j’ai épousé Elodie par amour. »

Ces derniers mots résonnèrent comme une bombe. Elodie le regardait, bouche bée. Par amour ? Mais leur mariage était un contrat !

Véronique et ses acolytes battirent en retraite. « Mesdames et Messieurs, » annonça Aurélien, « j’aimerais porter un toast à mon épouse, Elodie, qui illumine ma vie et ma demeure. » Les verres se levèrent.

Plus tard, sur la terrasse, Elodie le retrouva. « Pourquoi ? » demanda-t-elle.

« Parce que ce qu’elles disaient était faux et injuste. »

« Ce n’était pas la question. Pourquoi avez-vous dit ce que vous avez dit sur l’amour ? »

Aurélien la regarda longuement. « Peut-être, » murmura-t-il, « parce que ce n’était pas entièrement un mensonge. »

Trois heures du matin. Un cri d’angoisse glaça le sang d’Aurélien. Elodie était déjà dans la chambre de sa mère, Marguerite se tordant de douleur. « Elle s’est réveillée en suffoquant, » expliqua Elodie. « J’ai appelé le SAMU. »

« Maman ! » murmura Aurélien.

« Mon… mon cœur… ça fait si mal, » haleta Marguerite.

Elodie vérifiait son pouls. « Le pouls est régulier et faible. Il faut la maintenir consciente. » Les sirènes retentirent.

Dans l’ambulance, Aurélien et Elodie se tenaient de chaque côté de la civière. « Elle va s’en sortir, » murmura Elodie. Aurélien hocha la tête, incapable de parler. Pour la première fois depuis des années, il avait peur.

À l’hôpital, dans la salle d’attente, Elodie insista pour rester. « Elle a besoin de nous deux. »

Aurélien faisait les cent pas. « Je n’ai jamais su lui dire que je l’aimais, » avoua-t-il soudain. « Après la mort de papa, j’ai voulu être fort, mais j’ai oublié d’être son fils. »

« Elle le sait. Les mères savent toujours, » dit Elodie. « Elle m’a raconté comme vous étiez quand vous étiez petit : curieux, généreux. Elle pense que vous avez construit des murs pour vous protéger, mais qu’au fond vous êtes resté le même. »

« Pourquoi faites-vous ça ? » demanda-t-il. « Pourquoi restez-vous ici ? »

Elodie hésita. « Parce que votre mère est devenue importante pour moi. Et parce que… parce que vous aussi vous l’êtes devenu. »

Le médecin apparut. « L’opération s’est bien passée. Elle est tirée d’affaire. » Le soulagement les submergea.

Dans la chambre d’hôpital, Marguerite reposait paisiblement. Aurélien prit sa main. « Je suis là, maman. On est là tous les deux. »

Marguerite ouvrit les yeux. « Mes enfants ! Vous êtes restés ? » Elle les regarda tour à tour. « Regardez-vous ! » Elle sourit. « J’ai vu comment vous vous regardez cette nuit, dans l’ambulance. Mon fils, j’ai passé ma vie à attendre que tu trouves quelqu’un qui te rende heureux. Et cette petite, elle t’a redonné ton humanité. Promettez-moi de ne pas laisser l’orgueil gâcher ce que vous avez. La vie est si courte. »

« Elle a raison, » murmura Aurélien après un long silence. « Sur nous. Sur ce que nous ressentons. Sur ce que nous nous refusons d’admettre. »

Dans le couloir silencieux, ils se retrouvèrent face-à-face. « Aurélien… » commença Elodie.

« Non, laissez-moi parler. Ces dernières semaines, j’ai essayé de vous maintenir à distance. Mais je n’y arrive plus. Vous n’êtes plus une employée pour moi. Vous n’avez jamais vraiment été qu’une employée. »

« Alors, qu’est-ce que je suis ? » chuchota-t-elle.

Aurélien fit un pas vers elle, ses mains sur ses joues. « Vous êtes celle qui a bouleversé ma vie. Celle qui m’a rappelé ce que c’était que d’avoir un cœur. » Avant qu’elle puisse répondre, ses lèvres se posèrent sur les siennes. Le baiser fut tendre, puis s’approfondit.

Quand ils se séparèrent, tous deux tremblaient. « Et maintenant ? » murmura Elodie.

« Maintenant, » dit-il, « nous arrêtons de mentir à nous-mêmes et aux autres. »

Une semaine plus tard, l’atmosphère de la demeure avait changé. Ce matin-là, Aurélien fixait le contrat de mariage sur son bureau. Les termes froids lui semblaient appartenir à une autre vie. Il appuya sur l’interphone. « Madame Baumont, pourriez-vous demander à Elodie de me rejoindre dans le salon ? »

Elodie entra. « Vous vouliez me voir ? »

« Asseyez-vous, s’il vous plaît. Nous devons parler. » Aurélien resta debout, le contrat à la main. « Elodie, il y a six mois, j’ai fait quelque chose de répréhensible. Je vous ai traité comme un objet. » Il brandit le document. « Ce contrat ne représente plus rien. Il souille ce que nous avons découvert ensemble. » D’un geste résolu, il déchira le contrat.

Elodie le regardait les yeux écarquillés. « Qu’est-ce que vous faites ? »

« Je libère celle que j’aime des chaînes qu’elle n’aurait jamais dû porter. Je vous aime, Elodie. Pas comme un homme qui a acheté une épouse, mais comme un homme qui a découvert que son cœur pouvait encore battre. »

Les larmes montèrent aux yeux d’Elodie. « Vous… vous m’aimez ? »

« De tout mon être. Vous avez illuminé ma vie sombre, réchauffé mon cœur glacé, redonné un sens à mon existence. Je sais que je ne mérite pas votre amour, mais si vous voulez bien me donner une chance, une vraie chance, je passerai le reste de ma vie à vous prouver que l’homme que vous avez fait naître en moi est digne de vous. »

Elodie se leva. Ses joues étaient mouillées de larmes, mais son sourire illuminait tout. « Vous croyez vraiment que je serais restée si je ne ressentais rien ? Je vous aime aussi, Aurélien Montclair. Je vous aime depuis cette nuit où vous m’avez trouvé en larmes dans le jardin. »

Il n’y eut plus de mots. Aurélien la prit dans ses bras. Leur étreinte fut interrompue par un discret applaudissement. Marguerite se tenait dans l’embrasure de la porte, rayonnante. « Il était temps, » dit-elle avec un sourire malicieux. « Je commençais à croire que je devrais faire une autre crise cardiaque pour vous ouvrir les yeux ! »

Aurélien et Elodie éclatèrent de rire. « Alors, » dit Marguerite, « quand est-ce que vous me donnez des petits-enfants ? »

Cinq années avaient passé. La demeure familiale vibrait d’une vie nouvelle, chaleureuse et authentique. Elodie se tenait sur la terrasse, berçant la petite Marguerite, âgée de six mois. Au fond du jardin, Aurélien courait après Louis, leur fils de trois ans. L’homme d’affaires impitoyable avait cédé la place à un père attentionné et un mari dévoué.

Marguerite Senior, maintenant âgée de 73 ans, observait cette scène avec un sourire attendri. Madame Baumont entra avec un plateau de thé. « Maître Dubois est arrivé. Il vous attend dans le bureau de Monsieur Aurélien. »

« Ah, parfait ! L’heure de vérité a sonné ! » Marguerite se leva. « Dites-moi, Madame Baumont, pensez-vous qu’il se doute de quelque chose ? »

« Absolument pas, Madame. Monsieur Aurélien croit toujours que c’est son père qui avait imposé cette clause de mariage dans le testament. »

« Parfait. Emportons ce secret dans la tombe, voulez-vous ? » Elles échangèrent un regard entendu. Car la vérité était tout autre : c’était Marguerite elle-même qui avait suggéré cette clause à son mari malade, pressentant que son fils avait besoin d’être forcé à ouvrir son cœur.

Dans le bureau, Maître Dubois examinait les derniers documents testamentaires de Marguerite. « Tout est en ordre, Madame Montclair. La fondation caritative au nom d’Elodie est officiellement créée, et les parts dans l’entreprise familiale reviendront aux enfants selon vos souhaits. Et l’autre document, la révélation concernant le véritable auteur de la clause matrimoniale ? »

« Êtes-vous certaine de vouloir qu’il le découvre seulement après votre décès ? »

« Absolument. Ils sont si heureux maintenant. Pourquoi troubler leur paix ? Ils comprendront que tout cela était un acte d’amour. »

Sur la terrasse, Elodie berçait la petite Marguerite. Louis grimpa sur ses genoux. « Maman, maman ! Papa m’a dit qu’on va voir Oncle Théo et Oncle Nathan dimanche ! »

Théo, ingénieur diplômé, dirigeait sa propre entreprise de technologie verte. Nathan terminait ses études de médecine. Les deux frères d’Elodie avaient trouvé leur voie grâce à son soutien et à la générosité discrète d’Aurélien.

« Tu sais que je t’aime, » murmura Elodie.

« Depuis cinq ans, tu me le répètes tous les jours, » répondit Aurélien en embrassant ses cheveux. « J’espère que tu continueras jusqu’à nos cent ans. »

« Promis. »

Céline, maintenant directrice générale adjointe, arriva. « Aurélien, tu as un appel urgent de Tokyo, et Elodie, la journaliste de Femmes Actuelles pour l’interview sur la fondation. »

Plus tard, dans son bureau, Aurélien prit Elodie sur ses genoux. « Tu sais quoi ? J’ai une idée folle. Et si on prenait des vacances ? De vraies vacances. En Toscane. »

« Tu sais que tu deviens de plus en plus romantique avec l’âge. »

« C’est ta faute. Tu m’as appris que la vie ne se résume pas au travail. »

Le soir venu, toute la famille était réunie pour le dîner. Marguerite Senior leva son verre. « Je voudrais porter un toast. À l’amour, mon chéri. Au vrai amour qui sait attendre, qui sait grandir et qui transforme tout sur son passage. Ton père serait si fier de l’homme que tu es devenu. Et toi, ma chère Elodie, tu as été la bénédiction que notre famille attendait sans le savoir. »

« À nous ! » répétèrent-ils en chœur.

Plus tard, sous les étoiles, Elodie demanda : « Tu as des regrets ? »

« Mon seul regret, c’est d’avoir été si aveugle au début. Mais en même temps, je me dis que nous avons eu le parcours qu’il nous fallait. » Il la serra plus fort. « Et toi ? Des regrets ? »

Elodie sourit. « Aucun. Même pas d’avoir épousé un homme arrogant et difficile. »

« Hé ! » protesta-t-il en riant. « Je me suis beaucoup amélioré. »

« C’est vrai, » elle l’embrassa. « Tu es devenu l’homme le plus merveilleux du monde. Pour toujours. »

« Et au-delà. »

Dans le secret de son appartement, Marguerite Senior souriait. Son plan avait parfaitement fonctionné. Aurélien et Elodie étaient heureux, leurs enfants grandissaient dans l’amour. « Merci, Édouard, » murmura-t-elle. « Notre fils a enfin trouvé sa voie. »