SUR LES ROUTES DU TOUR DE FRANCE – Au-delà des exploits sportifs et de la ferveur populaire, le Tour de France recèle des histoires humaines qui contribuent à sa légende. Parmi elles, celle de Patrick Dancoisne, un sexagénaire dont le rôle, bien que discret, est devenu essentiel pour préserver l’image et l’esprit familial de la plus célèbre course cycliste au monde. Surnommé “l’effaceur”, ce passionné parcourt inlassablement les routes de la Grande Boucle, pinceau en main, pour gommer les messages indésirables.

Depuis plus d’une décennie, Patrick Dancoisne, 65 ans, est devenu une figure quasi-mythique pour les initiés du Tour. Sa mission quotidienne, qu’il réalise bien avant le passage du peloton, consiste à repérer et à effacer les inscriptions à caractère sexuel, raciste ou politique qui maculent parfois le bitume. L’objectif est clair : garantir que les millions de téléspectateurs à travers le monde, et en particulier les enfants, ne soient confrontés à aucune image choquante ou déplacée.

L’Art de la Transformation : Des Messages Osés aux Animaux Enfantins

Ceux qui suivent attentivement le Tour de France ont peut-être déjà remarqué des dessins inattendus sur l’asphalte : des hiboux, des papillons, et, cette année, une profusion de lapins. Ces figures innocentes sont en réalité l’œuvre de Patrick Dancoisne, qui transforme avec ingéniosité les graffitis à connotation sexuelle, omniprésents sur les routes du Tour. “Le dessin qu’on trouve le plus sur la route, c’est le sexe !”, a-t-il confirmé le dimanche 20 juillet au journal L’Équipe, qui l’a suivi durant cette 112e édition.

L’effaceur de pénis, comme il est affectueusement surnommé par certains, ne manque jamais d’imagination. “Je les transforme en hiboux, en lapins ou en papillons. Mais cette année, je fais beaucoup de lapins”, confie-t-il. Cette “mascotte” change chaque année, apportant une touche de fantaisie à son travail essentiel. Par exemple, en 2021, l’année de la deuxième victoire consécutive de Tadej Pogacar, Patrick avait fait du hibou son animal de prédilection, comme il l’avait révélé à La Voix du Nord.

Ces transformations sont bien plus qu’une simple fantaisie artistique ; elles sont le reflet de sa détermination à maintenir la pureté de l’événement. “Il faut rappeler que le Tour est vu dans le monde entier. Il doit rester propre, et surtout rester une fête”, insiste le sexagénaire, soulignant l’importance de son rôle dans l’image globale de la Grande Boucle.

La Neutralité Avant Tout : Effacer la Politique, Préserver l’Amour

Outre les inscriptions à caractère sexuel, Patrick Dancoisne est également en première ligne face aux messages politiques. Chaque année, la route devient un support pour exprimer des opinions, qu’elles concernent l’actualité française ou des enjeux internationaux. “Cette année, on a beaucoup de messages sur Israël et la Palestine. On les efface”, explique-t-il, soulignant la complexité et la sensibilité de certaines interventions. La règle est simple : toute référence politique est systématiquement effacée pour garantir la neutralité de l’événement.

Cependant, son rôle n’est pas celui d’une censure absolue. Loin de là. Patrick Dancoisne est aussi le gardien des messages positifs et encourageants. “On garde tous les messages d’encouragement pour les coureurs, les messages d’amour, ou même les demandes en mariage, on en voit de temps en temps, et c’est très sympa”, précise-t-il, son rouleau et son pot de peinture toujours à portée de main. Ces marques d’affection et de soutien font partie intégrante de la magie du Tour et sont précieusement conservées.

Au-delà de l’Effacement : Un Rôle Polyvalent sur les Événements Cyclistes Majeurs

La mission de Patrick Dancoisne ne se limite pas à la simple retouche artistique des graffitis. Ses responsabilités s’étendent à la sécurisation des routes avant le passage des coureurs et de la caravane publicitaire. Il est également impliqué dans l’installation des “banderoles publicitaires, des portiques d’arrivée, [et] des signalétiques”, comme le rapporte L’Équipe. Son expertise des routes et son dévouement sont donc polyvalents et cruciaux pour le bon déroulement de la course.

Et son engagement ne s’arrête pas aux frontières du Tour de France. Dès 2023, il révélait à franceinfo que son chemin pouvait également croiser celui des routes de Paris-Roubaix, où il continue d’exercer sa mission de recouvreur de graffitis avec la même passion.

Son parcours de vie est d’ailleurs pour le moins inattendu. “Avant, il faut savoir que je travaillais au boulevard des allongés. J’étais croque-mort. Et maintenant, je travaille avec des bons vivants et ça me plaît”, a-t-il confié à franceinfo. Cette reconversion, du monde des défunts à celui des passionnés de vélo, illustre parfaitement la joie et l’enthousiasme qu’il apporte à son travail, contribuant à sa manière à la magie intemporelle de la Grande Boucle.

Le travail de Patrick Dancoisne, bien que souvent invisible pour le grand public, est une composante essentielle de l’image positive et conviviale que le Tour de France s’efforce de projeter à travers le monde. Il incarne la passion et le dévouement des petites mains qui, dans l’ombre, œuvrent pour faire de cet événement un véritable spectacle familial et unificateur.