Affaire Abbé Pierre : De Nouvelles Révélations et un Dispositif de Réparation Financière Mis en Place mais j’ai reçu des commentaires négatifs !

PARIS, France – Dix-huit ans après le décès de l’Abbé Pierre, figure emblématique de la solidarité et de la défense des démunis, de nouvelles révélations viennent assombrir son héritage. Douze nouvelles victimes de violences sexuelles, dont sept étaient mineures au moment des faits, ont été identifiées. Cette annonce, faite ce mercredi 9 juillet par le groupe Egae, mandaté par Emmaüs, survient un an après les premières révélations concernant Henri Grouès, de son vrai nom. Face à l’ampleur et à la gravité de ces accusations, l’Église catholique et Emmaüs ont conjointement décidé de créer un fonds de réparation financière pour les victimes.

Selon le groupe Egae, cabinet spécialisé dans les enquêtes et les questions de violences sexuelles, « depuis janvier 2025, le groupe Egae a reçu des informations concernant douze personnes ayant été victimes de l’Abbé Pierre. Sept de ces témoignages concernent des personnes mineures » au moment des faits. Ces nouvelles allégations portent à 45 le nombre total d’accusations de violences sexuelles visant celui qui fut longtemps considéré comme un saint par une large partie de l’opinion publique.

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Des Témoignages Douloureux et des Ages Très Jeunes

Le rapport anonymisé, consulté par l’hebdomadaire La Vie et l’AFP, révèle des récits glaçants, soulignant la vulnérabilité des victimes. Parmi les témoignages recueillis, celui de deux sœurs est particulièrement frappant. L’une d’elles a « fait état d’une masturbation de l’Abbé Pierre sur son sexe alors qu’elle venait d’avoir 11 ans », au milieu des années 1970. Sa sœur, quant à elle, « lui a confié avoir subi une fellation forcée à ses 15 ans », des faits qui relèvent juridiquement du viol.

Un autre témoignage, transmis par mail à la ligne d’écoute d’Egae dédiée aux victimes de l’Abbé Pierre, décrit « au moins trois faits de violences sexuelles lorsqu’elle avait 10 ans » dans les années 1990. Plus ancien, le récit d’une victime âgée de 17 ans à l’époque des faits en 1953 rapporte avoir « subi un contact entre ses cuisses, sous sa jupe » alors qu’elle voyageait en train dans le wagon de l’Abbé Pierre. À son arrivée, la victime s’est vu nier les faits par les sœurs qui l’ont accueillie, lui disant qu’elle avait « tout imaginé », une réaction typique des mécanismes d’occultation et de déni rencontrés par les victimes de violences sexuelles.

Un Fonds de Réparation et une Responsabilité Partagée

Face à ces révélations accablantes, Emmaüs et la Conférence des évêques de France (CEF) ont pris une décision significative. Dans un communiqué distinct, Emmaüs a annoncé la « mise en place d’un dispositif de réparation financière » pour ces victimes. Ce dispositif vise à « marquer une reconnaissance matérielle des violences et des conséquences subies », offrant un geste concret en direction de ceux qui ont souffert en silence pendant des décennies.

Ce nouveau mécanisme sera géré par la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), une instance déjà établie par la CEF en 2021 suite aux révélations massives sur la pédocriminalité au sein de l’Église depuis les années 1950. Le dispositif sera opérationnel à partir de septembre 2025 et sera « entièrement financé par les fonds propres du mouvement Emmaüs et ceux de la CEF ».

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Le principe retenu est celui de la « responsabilité partagée », du moins à partir de 1954, date à laquelle l’Abbé Pierre a été étroitement associé à la fois au mouvement Emmaüs et à l’Église. Avant cette période, la CEF assumera seule cette charge, comme le précise La Vie. Par ailleurs, l’Inirr (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation), autre organisme de réparation mis en place par l’Église, s’est engagée à prendre en charge la réparation pour les trois victimes de l’Abbé Pierre qui l’avaient déjà contactée. La CRR et l’Inirr proposent déjà une réparation financière pouvant aller jusqu’à 60 000 euros.

Vers une Transparence Accrue et une Nouvelle Phase

Emmaüs a réaffirmé son engagement dans un « travail de transparence » en rappelant la création d’une commission de recherche interne, dont le rapport complet est attendu début 2027. Ce processus vise à faire toute la lumière sur les agissements de l’Abbé Pierre et les éventuelles défaillances institutionnelles.

Le communiqué d’Emmaüs conclut en affirmant : « Désormais, une nouvelle phase s’ouvre, avec un dispositif complet au service des victimes. » Cette annonce marque une étape importante dans la reconnaissance des souffrances endurées par les victimes de l’Abbé Pierre et une tentative de répondre à la nécessité de justice et de réparation, même si elle intervient plusieurs décennies après les faits.